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Le plaisir des cabarets, des guinguettes et des bals

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"Un Bar aux Folies-Bergère", Edouard Manet, 1881/82 - Courtauld Institute, Londres | Cabarets, guinguettes et bals | Vie sociale | De boire en savoir-boire | Vin et Peinture | Le Musée Virtuel du Vin

UN BAR AUX FOLIES-BERGÈRE

Edouard Manet (1832-1883) 

1881-1882

Courtauld Institute, Londres

 

Édouard Manet nous emmène aux Folies-Bergère. L’écrivain Joris-Karl Huysmans, critique d’art bien connu pour son franc-parler, reconnaît que « ce bar est certainement le tableau le plus moderne, le plus intéressant que ce Salon (le Salon officiel de 1882) renferme ». Formule hybride entre le café, le concert, et le théâtre, les Folies-Bergère accueillaient une clientèle interlope qui buvait, fumait, discutait, s'amusait, circulait du hall au promenoir et du bar à la salle sans relâche. Le comptoir met à disposition toutes sortes d’alcools, dont du champagne, symbole affirmé de fête et de plaisir. " Les demi-mondaines étaient toujours aussi attachées au breuvage pétillant dont elles ne pouvaient se passer. Elles tenaient le haut du pavé.

Liane de Pougy- Emilienne d'Alençon, Cléo de Mérode, Caroline Otéro sablaient le champagne que leur offraient les aristocrates en renom, les grands-ducs, au bar des Folies-Bergère, haut-lieu de l'amour vénal." L’aspect ayant le plus retenu l’attention des critiques a été le reflet dans le miroir de Suzon, une employée. Il ne semble pas renvoyer une image exacte de la scène, tant en ce qui concerne la posture de la jeune femme que la présence de l’homme en face d’elle, si rapproché qu’il devrait logiquement tout cacher aux yeux du spectateur. Il est difficile de conclure si cette anomalie est le fruit de la volonté de l’artiste ou une simple erreur d’appréciation, ce qui n’a pas été sans amuser Huysmans. Il décrit avec délectation la manière dont le tableau « stupéfie les assistants qui se pressent en échangeant des observations désorientées sur le mirage de cette toile ».

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1-2. Les cabarets des XVIe et XVIIe siècles sont soit des établissements « vendant à pot et à pinte » à des clients de passage qui ne s’attablent pas, consommant debout au comptoir ou emportant leur vin, soit des établissements où le client s’attable pour manger et boire, des « cabarets à assiette ». A Paris, les vins que l’on y boit sont bon marché : ils viennent de l’Orléanais, du Gâtinais ou de la Brie. On y trouve fréquemment prostituées, joueurs de luth, diseuses de bonne aventure et voleuses à la tire que côtoient courtisans et jeunes voyous. C’est ce qu’illustrent Bartolomeo Manfredi et Philippe de Champaigne.

 

3-4. Dans les campagnes, le cabaret est le dimanche l’exutoire d’une semaine de dur labeur et de privations : rien de tel que l’abandon aux plaisirs mêlés du vin, du jeu et de la danse pour oublier la dureté de la vie quotidienne comme nous le montrent Gillis Van Tilborgh et Adriaen Jansz van Ostade. Il nous replongent dans ces scènes de la vie rurale où toute occasion est bonne pour faire bombance.

 

5. Les guinguettes apparaissent vers le milieu du XVIIIe siècle, aux portes de Paris, de Lyon, de Metz… et se multiplient au fur et à mesure que s’élèvent les droits d’octrois qui deviennent exorbitants. « Elles permettent d’écouler le vin de la région parisienne, puisque les marchands ne peuvent pas l’acheter pour le faire pénétrer dans Paris ». Au Tambour royal,  le premier cabaret de Ramponneau, compte rapidement parmi les lieux de divertissement les plus prisés de l’est parisien. Des fresques rudimentaires représentaient le tenancier en Bacchus chevauchant un tonneau, ou entre « l’Amour » et « la Gloire », avec sa devise : « Monoye (monnaie) fait tout » et les vers suivants : « Voyez la France accourir au tonneau, Qui sert de trône à monsieur Ramponneau ». Il  vendait la pinte de vin trois sous, soit un sou moins cher que ses confrères de la barrière de la Courtille, alors que le moindre vin d’Orléans vaut douze à quinze sous à l’intérieur de Paris. Le résultat ne s’est pas fait attendre : une extraordinaire affluence de clients en dedans… et en dehors : on faisait la queue pour y pénétrer ! Le tableau peint par Fichel en 1877 est une reconstitution historique de l’époque de gloire de cet établissement, quand son propriétaire le transporte de la Courtille à Belleville aux Percherons. Il y renouvelle l’expérience du vin blanc, cette fois-ci à trois sols et demi la pinte, au lieu de quatre sous et demi comme il coûte ailleurs. Dans les deux cas, c’est toujours le même « guinguet » (de gigue, danse populaire), un petit vin vert des environs de Paris. Et l’on chante : « Vive le vin de Ramponneau, C’est du nectar en perce ! ». La salle de son restaurant, agrandie en 1778, pouvait contenir six cents  personnes : maraîchers, rouliers, ouvriers, … mais aussi des femmes de l’aristocratie (comme Madame de Genlis qui le raconte dans ses Mémoires), déguisées en grisettes, friandes de frissons et qui viennent s’encanailler. Les guinguettes sont à la fois lieu de consommation, lieu de fête, lieu de plaisir. On peut même y jouir du plaisir de ne pas enrichir le fisc !

 

6. Les guinguettes subsistèrent sous une autre forme après la Révolution, mais se déplacèrent sur les bords de la Seine (cf. Auguste Renoir, Le Déjeuner des canotiers, page xx) ou de la Marne. Un des plus fameux tableaux d’Auguste Renoir représente le Bal du Moulin de la Galette (Musée d’Orsay). Lorsque les peintres hollandais, comme Jan Steen et Adriaen Jansz van Ostade, peignaient leurs scènes de réjouissance populaire, ils cherchaient surtout des figures caractéristiques. Les peintres Rococo, comme Watteau et Nicolas Lancret, poursuivaient dans leurs fêtes galantes leur rêve de vie insouciante et élégante. Il y a un peu des uns et des autres chez Renoir. Il s’amuse du comportement de ses personnages et il se complaît au charme d’une atmosphère de fête. Nous découvrons les bals publics, un dimanche après-midi, par une belle journée : une foule joyeuse de personnes de tous les milieux sociaux, qui partagent du bon temps, dansent à gauche, bavardent à droite, fument et boivent. L’atmosphère est véhémente et joyeuse et, là encore, comme dans Le Déjeuner des canotiers, le vin y contribue.

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5 et 15. Le Bal Tabarin était situé au pied de Montmartre. Fondé en 1904, c'était le rendez-vous de la société parisienne et de ses artistes.

11Au Lapin Agile est un cabaret situé sur la butte Montmartre.  Établi dans la seconde moitié du XIXe siècle, racheté par Aristide Bruant en 1913, il fut l'un des lieux de rencontre privilégiés de la bohème artistique du début du xxème : de Max Jacob à Pablo Picasso en passant par Roland DorgelèsFrancis CarcoBlaise Cendrars ou Pierre Mac Orlan.

 

14. Le début du XXe siècle a marqué une étape importante dans l'historique des relations entre les femmes et le champagne, la Belle Époque, dont le roi des vins et le beau sexe réunis ont été le label. On n'y buvait pas le champagne parce que l'on voulait se désaltérer ou déguster un grand vin mais parce qu'il était le révélateur du plaisir de vivre. On assistait à une débauche féminine de champagne, en France mais aussi à l'étranger, dans une société cosmopolite se retrouvant dans tous les endroits à la mode. Le champagne coule donc à flot au « Monico » et le bruit y est assourdissant : claquement des talons hauts des femmes, claquettes des hommes, musique aux sons forts. Le champagne « rend les femmes d’une verve étourdissante ». Le tableau de Gino Severini (1959-1960) est une réplique d'artiste exécutée d'après le tableau original (1909-1911) disparu depuis 1926.

CABARETS AU MOYEN-ÂGE DANS LES MANUSCRITS ILLUMINES

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Technique picturale (au même titre que la fresque ou la peinture de chevalet), l'enluminure est reine au cours du Moyen-Age. Exécutée à la main, elle décore ou illustre un texte, généralement un manuscrit. Si jusqu'au XIIème siècle les manuscrits sont copiés dans les établissements ecclésiastiques, principalement les abbayes, où ils servent à célébrer le culte et à nourrir la prière et la méditation ; à partir du XIIIème, un artisanat et un marché laïcs se développent avec l'essor de l'université et des administrations et l'émergence d'un nouveau public amateur de livres.

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